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Villefranche-sur-Mer - Photo avec la permission de Ted Jones

Villefranche-sur-Mer " Une Source de Mythe et d'Inspir
par Ted Jones

Beaucoup de villes sont associées à la poésie : Hull avec Philip Larkin, Ambleside avec Wordsworth, mais Villefranche-sur-mer, le petit port sur la baie de Villefranche, sur la Côte d’Azur, a inspiré les poètes depuis des siècles de Dante aux Rolling Stones A 5 km à l’est de Nice et 13 km à l’ouest de Monaco, Villefranche fait face au soleil dans un amphithéâtre naturel formé par le Mont Boron à l’ouest et le Cap Ferrat à l’est, « comme une loge à l’opéra », disait si bien Jean Cocteau, lui, le « poète lauréat » de la ville. Et pour compléter cette comparaison avec le théâtre, ce sont les versants abrupts des Alpes du Sud qui en sont la toile de fond. Cocteau disait que la ville était « une source de mythe et d’inspiration ».

L’histoire de la ville remonte à l’an 130 av. J.C., mais son âge « moderne » a débuté en 1245, quand, en vue de peupler la baie pour protéger ses terres des invasions venant de la mer, Charles II d’Anjou offrit une exonération d’impôts à quiconque viendrait s’y installer, (Villefranche porte bien son nom : ville franche) et fit creuser la mystérieuse rue Obscure dans le roc pour les protéger des jets de projectiles. (La ville attire toujours les exilés qui sont poursuivis par le fisc : les Rolling Stones y ont enregistré leur album au titre si évocateur « Exile on Main Street ». Au 16 ème siècle, le Duc de Savoie construisit une forteresse, la Citadelle, pour protéger la ville des attaques maritimes. Ses murailles monumentales dominent toujours la ville, mais aujourd’hui, elles veillent sur la Mairie, La chapelle St. Elme, un théâtre à ciel ouvert, on Centre de Congrès et trois musées. Bien que les hauteurs qui entourent la ville n’aient pas échappé à un « saupoudrage » de demeures opulentes parmi lesquelles « La Léopolda » construite par le roi de Belgique Léopold II grâce aux richesses minière que fournissait le Congo Belge), qui date d’avant la Première Guerre Mondiale, Villefranche a réussi à conserver pas mal de choses qui faisaient son charme au 18 ème siècle. Les maisons de couleur ocre et brun-rouge qui se blotissent contre l’église baroque, ainsi que les noms de famille qui figurent sur le monument aux morts sont la preuve des origines italiennes de la ville, qui ne devint française qu’en 1860.

Pourtant c’est une ville si typiquement provençale qu’elle ressemble à un décor de cinéma et elle a souvent été utilisée comme telle : dans « to Catch a Thief » de Hitchcock, dans « Never Say Never Again », le James Bond à suspense, dans « Ronin » de Robert de Niro, et dans le film à grand spectacle « Jewel of the Nile » de Michael Douglas et Kathleen Turner. Une reconstitution du port a fourni le décor de Côte d’Azur pour Disney Hong Kong.

Sa population à l’année est de 8 000 habitants et elle est au moins multipliée par trois pendant les vacances. Avec un port naturel suffisamment profond pour recevoir les grands paquebots et navires de guerre du monde (c’était autrefois la base méditerranéenne de la 6 ème flotte américaine), Villefranche accueille plus de 250 navires de croisières par an, lesquels amènent plus de 250 000 visiteurs étrangers.

Le vieux port fut le théâtre de beaucoup d’évènements historiques et de visites d’hommes de lettres : le Pape Paul III y est venu en 1583 pour négocier la paix avec le roi de France Charles V ; George Bernard Shaw y est descendu lors d’une croisière sur la Méditerranée en 1896 ; Ernest Hemingway y a débarqué en 1934 à son retour d’Afrique ; et après la Deuxième Guerre Mondiale, la corvette irlandaise Mocha est venue chercher les cendres du poète W.B. Yeats depuis longtemps exilé pour les ramener à Sligo qu’il adorait tant.

Entre les guerres, l’Hôtel Welcome qui occupe une position privilégiée, car il domine le port, (« Nous n’avons pas besoin de publicité », déclare son directeur, M. Galbois, « nous sommes sur toutes les cartes- postales de la ville ») a hébergé une kyrielle d’écrivains. Beaucoup, comme les frèresWaugh, Evelyn et Alec, y sont venus rendre hommage à W. Somerset Maugham qui vivait ses dernières années d’irascibilité au Cap Ferrat.

A l’époque de Cocteau, l’Hôtel Welcome changeait du tout au tout quand la flotte y descendait. « Au premier étage de mon hôtel-bordel », écrivait-il, « les marins dansent et se bagarrent jour et nuit. On n’entend que du jazz assourdissant – ça me tue ». Il était le doyen de l’ « école » des artistes du Welcome. Il décora la petite Chapelle St Pierre du 14 ème siècle qui se trouve sur le quai en face de l’hôtel, ce fut matière à controverses, car les pêcheurs de Villefranche refusèrent tout d’abord d’y entrer sous prétexte que ses anges nus étaient de sexe masculin. Sur le socle de son buste en bronze, qui se trouve tout près, on peut lire : « Quand je vois Villefranche, je revois ma jeunesse. Faites le Ciel que cela ne change jamais ».

En fait, les choses changent, mais pas beaucoup. Villefranche est presque immunisé contre le changement : il n’y a pas de tours d’immeubles, parce qu’il n’y a pas d’endroit pour en construire et, exception faite de la Basse Corniche très passante qui traverse la ville, il y a peu de circulation parce que les rues qui descendent jusqu’au vieux port sont trop étroites pour permettre aux véhicules de circuler.

Bien que la Marine Américaine soit partie en 1967, chassée en Italie quand le général de Gaulle fit sortir la France de l’OTAN, les débarquements américains se poursuivent : plus d’un tiers des passagers de croisières viennent d’Amérique du Nord. Les villas somptueuses disséminées sur les hauteurs de Villefranche n’abritent plus les rois d’Europe : elles appartiennent à des stars du spectacle et du sport, comme Tina Turner, Bono de U2, le créateur de Riverdance Michael Flatley, et Lance Armstrong, alors que, à califourchon sur le sommet du Mont Boron, se trouve le Château de Elton John. Malgré (ou peut-être à cause de) sa proximité de villes dont on parle davantage comme Nice, Cannes, Monte Carlo et St.Tropez, Villefranche est resté un port de pêche préservé. Est-ce toujours « une source de mythe et d’inspiration » ? Je l’espère bien. C’est là que je vis.

©Ted Jones